Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’allaitement ne débute pas à la naissance de votre bébé ! Jadis, les femmes « apprenaient » à allaiter depuis leur plus tendre enfance. Elles voyaient, observaient et finalement intégraient les attitudes, les gestes et les manières de faire des femmes allaitantes de leur entourage. Par le passé, l’allaitement était la norme, tout comme l’accompagnement de la jeune mère en post-partum. Aujourd’hui, la durée moyenne de l’allaitement maternel en France est de 3 semaines : il n’y a donc plus de modélisations, d’observations et d’apprentissages possibles dans le quotidien.

L’allaitement maternel, cela ne va pas toujours de soi : cela s’apprend. Il faut donc réfléchir, chercher, discuter… bref, se préparer !  Et la meilleure des préparations ne consiste pas à détailler les positions d’allaitement ou bien la fréquence et la durée des tétées. En revanche, prendre conscience que l’allaitement maternel est une histoire de couple, se renseigner sur le « mode d’emploi » du bébé allaité et organiser son « village post-natal » sont les clés d’un démarrage d’allaitement serein.

Toutes les informations suivantes sont vraies seulement pour le nouveau-né normal à terme, d’un poids de naissance dans la norme et après un accouchement normal.

L’allaitement : une histoire de couple

Dans un premier temps, cette prise de conscience permettra aux mères seules d’organiser au mieux autour d’elles un réseau de personnes bienveillantes. Celles-ci pourront ainsi veiller sur elles et les soutenir de la meilleure des manières. Au sein du couple (ou de ce réseau), il faut discuter allaitement, s’informer et finalement se mettre d’accord pour réussir à former une équipe efficace qui avance dans le même sens.

La mère qui allaite va avoir besoin d’un soutien logistique, c’est certain, mais aussi et avant tout d’un soutien affectif de qualité. Le ou la partenaire va souvent devoir y croire pour deux, et ce à de multiples moments charnières... notamment le démarrage.

La grossesse, l’accouchement et le début de l’allaitement mettent les mères dans une situation de grande fatigue, mais également de dépendance affective. Alors qu’elles étaient des femmes autonomes et accomplies, elles se retrouvent  parfois à attendre fébrilement le retour de leur soutien ! On entend souvent les partenaires dire qu’ils ont le sentiment de ne rien faire durant cette période. Pourtant, leur présence et leur aide sont fondamentales dans la réussite de ce démarrage d’allaitement (mais aussi par la suite). Cet accompagnement précieux donne à la mère l’énergie qui lui permet de mettre en place l’allaitement.

Le bébé allaité : un « mode d’emploi » bien particulier !

De nos jours, la plupart des bébés sont élevés au lait industriel. Ces bébés-là sont en général capables de s’endormir seuls, en autonomie dans leur berceau, et d’espacer leurs tétées assez rapidement. Ces caractéristiques sont devenues la norme dans nos sociétés occidentales, et tout le monde attend des bébés qu’ils fassent leurs nuits et qu’ils mangent la quantité exacte de lait industriel indiquée sur la boîte !

Le bébé allaité, lui, n’en sera pas forcément capable au départ : il va peut-être avoir besoin de votre aide pour entrer dans le sommeil et y rester. Quant au fait d’espacer ses tétées, il n’y arrivera peut-être jamais ! Mais pourquoi est-ce plus difficile ?

En caricaturant ce qu’il se passe, voici l’explication : les molécules du lait industriel sont beaucoup plus grosses que celles du lait maternel. Elles nécessitent la mise en place de la  digestion et elles provoquent donc une somnolence après les biberons – comme lorsque vous sortez d’un déjeuner bien arrosé… Une  sieste ne serait pas de refus ! Difficile de rester éveillé et alerte dans ces conditions. Et pour votre bébé, les recommandations sont d’augmenter les quantités un peu tous les jours au début : il n’a donc pas d’autre choix que de dormir, même si c’est seul dans son lit.

Rien de tel chez le bébé allaité. Il va juste « faire son job », c’est-à-dire réclamer à ses parents d’être au bon endroit au bon moment : sur sa mère et au sein. Il ne prendra que les quantités de lait qui lui suffisent. C’est un mécanisme de survie parfaitement au point qui a permis à l’humanité d’arriver jusqu’à notre ère. Votre bébé ne sait évidemment pas à quelle époque il est né ! Les  petits d’hommes d’aujourd’hui, tout comme ceux de l’Antiquité, continuent et continueront à réclamer d’être déposés « à la bonne adresse », comme le dit Suzanne Colson (spécialiste en lactation). C’est d’ailleurs une chose que réclament aussi beaucoup les bébés nourris au lait industriel : être sur le sein de leur mère, le seul endroit où ils se sentent véritablement en sécurité et comblés.

En ce qui concerne la fréquence et la durée des repas, il est impossible de savoir combien un enfant prend au sein, contrairement au biberon. C’est très souvent une source d’inquiétude pour les professionnels et l’entourage. Malheureusement, tant que les seins des femmes ne seront pas transparents et gradués, il ne nous reste qu’à faire confiance aux bébés ! Ce sont eux qui gèrent la quantité de lait qu’ils prennent. Il y a d’ailleurs fort à parier que ce n’est jamais la même d’un repas à l’autre, mais également d’un jour à l’autre. Il ne faut donc mettre aucune restriction en matière de fréquence et de durée des tétées.

Organiser son « village post-natal »

Vous l’avez maintenant compris, le début de la vie de votre nouveau-né va vous demander une disponibilité d’esprit et de corps de tous les instants. Cela implique tout simplement que le reste va devoir être pris en charge par l’entourage : courses, ménage, cuisine, mais aussi le quotidien de vos autres enfants… Tout cela ne doit plus être de votre ressort. Faites intervenir grands-parents, voisins, amis et toute personne de bonne volonté ! Un proverbe africain dit : « Il faut tout un village pour faire un enfant » : c’est exactement cela. Répartissez et organisez toute cette logistique avant votre accouchement.  Et comme cadeaux de naissance, proposez à vos proches de vous offrir des services plutôt qu’un énième pyjama !

L’autre intérêt de cette organisation est de ne jamais laisser seule la maman durant le mois qui suit la naissance. C’est l’autre fonction de votre « village ». Dans nos sociétés occidentales, de nombreuses femmes souffrent du  baby blues lors de la mise en place du lien mère-enfant. La chute hormonale qui intervient durant cette période est souvent mise en cause. Mais si l’on s’intéresse un peu à ce qui se passe ailleurs dans le monde, l’incidence de ce baby blues y est bien moindre. Pourtant, toutes les femmes du monde subissent égalitairement cette chute hormonale. Un autre proverbe africain dit : « Il ne faut jamais laisser seule une jeune accouchée pendant au moins 40 jours sinon les mauvais esprits viennent la hanter ! » Le parallèle entre les mauvais esprits et le baby blues semble évident.

Chacun comprendra aisément que sans aide ni soutien, la tâche est bien plus difficile. Mais  les familles d’aujourd’hui sont souvent éclatées : les parents ici, une sœur là-bas, une amie encore ailleurs… Et notre société demande aujourd’hui aux jeunes accouchées de se débrouiller par elles-mêmes. Il peut donc arriver à certaines d’entre elles de ressentir un sentiment d’échec et d’incompétence. Si c’est votre cas, tâchez de vous rappeler qu’il s’agit surtout d’un problème sociétal.

L’essentiel pour bien démarrer son allaitement

D’un point de vue pratique, préférez le peau à peau au berceau de votre chambre de maternité ! Cette pratique si douce va vous permettre de faire connaissance avec votre nouveau-né. Rapidement, vous pourrez identifier les moments où il veut téter, ceux où il veut seulement un câlin et aussi ceux où une petite promenade s’impose… Bref, vous deviendrez vite parfaitement compétente dans la lecture de ses besoins.

En ce qui concerne les positions d’allaitement ou bien les fréquences et les durées de tétées, vous rencontrerez  à la maternité de nombreuses  personnes prêtes à vous enseigner le b.a.-ba  de l’allaitement. Malheureusement, une partie du monde médical actuel a tendance à prendre pour modèle le mode d’emploi du nourrisson alimenté au lait artificiel.

Mais vous l’avez compris, seul votre bébé est compétent pour savoir quand, combien et comment manger. Pour rappel, toutes les informations données dans cet article concernent seulement le nouveau-né normal à terme, d’un poids normal à la naissance et après un accouchement normal.

Finalement, pour bien démarrer votre allaitement, il vous faut trouver du soutien, de la bienveillance, assez de confiance en vous pour pouvoir vous fier à votre enfant, le tout saupoudré de quelques connaissances sur les moyens de communication et les comportements normaux du nouveau-né… Et tout va se passer au mieux ! Des professionnelles de santé spécialisées comme des consultantes en lactation ou des « doulas » post-natales peuvent aussi s’avérer très précieuses, voire indispensables dans certaines situations.

Réfléchissez, cherchez, discutez-en : bref, préparez-vous ! Puis, collez, observez et lisez votre bébé : lui seul sait ce dont il a besoin et quand il en a besoin.

Vous avez toutes les cartes en main pour vivre une très belle histoire d’allaitement.

Charlotte REDON
Sage-femme
Spécialiste en lactation humaine
Vincennes