La fin de la grossesse, une période souvent anxiogène

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, il est normal de ressentir une certaine anxiété lorsque l’on est enceinte. On peut être heureuse d’attendre un enfant, mais vivre certaines craintes.

Celles-ci peuvent d’ailleurs évoluer et augmenter au fur et à mesure de l’avancée de la grossesse, du fait de l’approche de l’accouchement et de l’imminence de la naissance. Ce qui était relativement abstrait en début de grossesse devient alors concret et irrémédiable.

En fin de grossesse, les peurs les plus fréquentes sont la crainte d’accoucher, les angoisses liées à la santé du bébé et les peurs par rapport à sa capacité d’en prendre soin. L’euphorie de l’attente cohabite désormais avec le stress : vous entrez dans une phase plus complexe car plus concrète. Il n’y a pas de retour en arrière, c’est vertigineux !

On le sait, la grossesse est décrite comme une crise identitaire : on fait évoluer son statut de femme avec la maternité. On passe de la fille de ses parents à la mère d’un enfant et c’est un réel bouleversement.

Les attentes vis-à-vis de soi-même  

La société attend de nous le meilleur et nous avons nous aussi tendance à avoir de nombreuses attentes vis-à-vis de nous-mêmes. Beaucoup de femmes sont perfectionnistes et la maternité n’échappe pas à cette règle. Nous attendons de nous d’être la meilleure des mères, d’allaiter le plus longtemps possible, de « bien accoucher »...

L’accouchement et la naissance sont déjà des moments normaux d’inquiétude, mais si nos attentes sont disproportionnées, cela ne va faire qu’augmenter nos angoisses.

Il y a aussi beaucoup de femmes qui ont peur d’avoir peur, notamment par rapport aux conséquences qu’elles imaginent pour leur bébé. Il faut savoir que le fœtus est bien protégé par la barrière placentaire, ne peut pas lire dans les pensées et que seul un stress répété et intense peut avoir des répercussions.

Les angoisses transitoires sont normales, utiles, elles permettent d’anticiper et de se préparer à l’arrivée d’un bébé et à sa naissance.

Comment limiter mes angoisses en amont ?

Nous sommes dans une époque où nous avons appris à maîtriser et à prendre le contrôle sur notre environnement, notre travail, notre relation de couple. Or, la grossesse est synonyme d’inconnu et de manque de maîtrise. Ainsi, on ne peut pas savoir ce qui peut se passer – ce qui est inquiétant, en toute logique.

Néanmoins, sachez que même s’il s’agit là d’une situation inconnue pour vous, pour l’équipe il s’agit de leur routine de travail. Ils sont tout à fait habitués et préparés à recevoir des couples anxieux, des femmes qui souffrent et qui ont peur, et ils ont prévu tous les scénarios possibles en cas de complications.

Le fait de rencontrer l’équipe en amont, de visiter la maternité, d'assister aux cours de préparation à l’accouchement vous permettra peut-être de faire confiance plus rapidement et avant même votre arrivée en salle de travail.

Si votre anxiété est trop importante, n’hésitez pas à vous inscrire à des cours de préparation individuels. Il sera peut-être plus facile pour vous de vous confier sur vos angoisses en étant seule.

À notre époque, nous sommes aussi plus informées. Paradoxalement, nous allons donc développer des angoisses que nous n’aurions même pas envisagées des années plus tôt.

Les réseaux sociaux ou les forums nous mettent en lien avec d’autres mamans, ce qui permet positivement de rompre un certain isolement. Mais parfois, les angoisses des autres femmes sont contagieuses ! Prenez garde à ce que vous lisez, tentez de remettre ces histoires dans un certain contexte et prenez du recul.

La peur du changement

Certaines femmes craignent aussi le changement. En effet, la vie et l’équilibre trouvé dans le couple vont forcément évoluer. Mais on ne sait pas encore de quelle manière, si cela va nous plaire ou si l’on va facilement réussir à trouver sa place. Cela peut effectivement être anxiogène, surtout que l’on ne peut pas tout anticiper.

Il existe aussi des peurs centrées sur la vie d’après, le couple, la reprise d’une sexualité normale, l’image du corps, etc. Parlez-en avec votre partenaire, qui peut partager les mêmes angoisses : vous serez alors sans doute soulagée de savoir que l’autre ressent la même chose que vous.

Une peur très fréquente est celle de ne pas être une bonne mère, de ne pas savoir si vous allez aimer votre enfant, si vous allez savoir bien vous en occuper. Ces angoisses sont souvent en lien avec sa propre histoire, son lien à ses propres parents, l’identification à ce qu’on a été, enfant.

Le temps de la grossesse, les rêveries quant au bébé à naître peuvent suffire à vous apaiser. Mais si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à en parler aux équipes qui sont familières de ce type d’angoisses.

D'autres angoisses très fréquentes

La peur concernant le bébé peut être rassurée par les multiples examens médicaux, mais parfois la réassurance s’estompe très rapidement et le laps de temps entre deux contrôles devient interminable.

Cette angoisse est renforcée lorsque le couple a vécu des fausses couches, un parcours d’Assistance Médicale à la Procréation ou a déjà accouché prématurément.

Si vos antécédents ressurgissent pendant votre grossesse, sachez que c’est tout à fait normal et cohérent. Une écoute attentive peut vous être proposée afin d’éviter que votre bébé soit le réceptacle de vos angoisses, une fois dans vos bras.

La peur d’accoucher est également fréquente et très souvent liée à la peur d’avoir mal. Mais gardez en tête que vous allez être soutenue par toute une équipe spécialisée et que l’accouchement est aussi le moment de la rencontre avec votre bébé !

Enfin, n’oublions pas les angoisses des coparents, qui ne vivent pas physiquement la grossesse mais qui sont psychiquement très concernés sans avoir tout le suivi pour se rassurer et poser des questions.

Comment prendre soin de moi ?

N’hésitez pas à évoquer vos inquiétudes avec les professionnels afin d’apprendre à gérer ce stress. Vous éviterez ainsi qu’il ne déborde sur votre vie quotidienne et qu’il ait des répercussions sur votre sommeil ou votre humeur.

Si l’anxiété s’aggrave ou vous fait souffrir, il est important de consulter afin d’avoir un espace neutre, bienveillant, sans jugement, où vous pourrez décrire et expliquer vos angoisses. Cela permet de mieux comprendre pourquoi et comment votre angoisse est devenue si forte, et bien souvent une sensation de bien-être est ressentie par la patiente.

Cela peut se faire par le biais de consultations psychologiques ou bien (selon le type d’angoisses) par de la sophrologie ou de l’hypnose. En tout cas, si l’angoisse est forte, il faut en parler : on sait désormais qu’il y a un lien entre l’anxiété pendant la grossesse et les symptômes dépressifs après la naissance. Parfois, les symptômes dépressifs cohabitent d’ailleurs avec l’anxiété dès la grossesse.

De plus, même si le sommeil est souvent perturbé pendant une grossesse, si les cauchemars ou les insomnies deviennent quotidiens, n’hésitez pas à consulter. Il est important de recevoir de l’aide au moment où l’on en ressent le besoin, et cela permet que les craintes ne s’accumulent pas.

L'importance du congé maternité

Il est également impératif de prendre soin de vous, de vous faire du bien avant ce grand bouleversement lié à la naissance. Le congé maternité est un travail en soi : vous permettre de vous reposer, de prendre des forces avant l’accouchement.

L’idée est donc de ne pas multiplier les objectifs sur cette période où l’on « ne travaille pas ». C’est en fait tout le contraire ! L’accouchement, la naissance, le post-partum immédiat qui fatiguent forcément ne doivent pas survenir après une période d’épuisement lié à un congé maternité « surbooké ». Prendre soin de vous est important avant de prendre soin de votre bébé.

Lucille CLOAREC
Psychologue clinicienne
Saint Cloud