L'enfant précoce, qui présente un QI (Quotient Intellectuel) d’au moins 130, est également appelé enfant surdoué ou HPI (Haut Potentiel Intellectuel). Il représente 2,3 % des enfants scolarisés dans le monde d'après les chiffres de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) de 2018, soit environ 200 000 enfants français. Très en avance sur le plan intellectuel, ces enfants sont en revanche moins matures sur le plan émotionnel. Souvent, les parents ne se rendent pas compte que leur enfant est précoce, tant les signaux qu’ils reçoivent peuvent être paradoxaux.

Comment détecter les signes de précocité chez son enfant ?

Certains parents sont très excités d'imaginer avoir un enfant HPI à la maison ! Un peu comme s’ils avaient décroché la queue du Mickey au manège… Mais attention, être surdoué c’est n'être ni mieux ni moins bien que les autres enfants : cela signifie juste fonctionner différemment. Et c'est pour mieux comprendre et appréhender cette différence et le décalage que vivent ces enfants que le dépistage de l'enfant surdoué a du sens.

Les premiers signes de la précocité peuvent apparaître dès l’école maternelle, parfois même chez le tout-petit. Un bébé qui soutient le regard de sa maman, qui cherche l'échange de façon profonde, qui marche tôt (ou alors très tard mais très vite et très bien) peut indiquer déjà des signes de précocité.

De même, un enfant qui parle très tôt, ou au contraire tard mais de façon élaborée avec un vocabulaire fourni et une syntaxe maîtrisée, peut commencer à alerter. S'ensuit une faculté à s'intéresser de façon très pointue à des sujets techniques, demandant de la précision, comme l’étude des planètes ou encore des dinosaures. Par exemple, certains enfants précoces sauront dès l’âge de 4 ans nommer toutes les familles et spécificités des dinosaures, ainsi que l’époque où ils ont vécu. Ils seront avides de livres et de documentation sur le sujet.

Par ailleurs, le sens du détail est très important pour l’enfant surdoué. De fait, il peut s’agacer ou être autoritaire vis-à-vis des autres s’ils ne sont pas assez rapides ou pas assez clairs dans leurs explications sur un sujet quelconque.

L'enfant précoce est également très sensible à la notion de justice, de loyauté. Ce qui n'est pas juste le fait terriblement souffrir et le place dans une incompréhension totale du monde qui l'entoure. Lorsqu'un parent gronde injustement un enfant précoce, cela risque de provoquer chez celui-ci un profond chagrin et une blessure de l'estime de soi. Cela peut même aller jusqu’à déclencher une perte de confiance en l’adulte et laisser des traces très longtemps. Certains adultes précoces parlent encore de scènes de leur enfance où ils se sont sentis rejetés ou incompris, parce qu’ils ont été réprimandés de façon injuste.

De même, si les choses n'ont pas de sens, un enfant surdoué ne les comprend pas et ne les accepte pas. Par exemple, un enfant peut refuser d’apprendre par cœur les définitions d’une leçon, pour la simple et bonne raison que « les dire avec ses mots à lui, c’est pareil » ! L’accompagnement est donc très important pour que l’enfant HPI et le corps enseignant arrivent à se comprendre. Il faut également que le sens commun puisse être entendu par l’enfant surdoué, dont la vision du monde peut être très différente.

Un enfant surdoué a, par ailleurs, une capacité de concentration très élevée. Il peut rester captivé des heures par un sujet, mêlant imagination, lecture et apprentissage sous toutes ses formes. Et tout ce qu'il lira ou entendra restera gravé longtemps dans sa mémoire. Ainsi, il est inutile de s'énerver si votre enfant vous dit : « Je sais ma leçon, je n'ai pas besoin de l'apprendre ». Comprenez : « Je ne vois pas l'intérêt de perdre mon temps à relire ce que j'ai écouté pendant une heure à l’école ». Il a raison ! S'il a écouté, il a retenu et enregistré les informations. Faites-lui confiance et lâchez prise quant à vos propres représentations de l’élève modèle : tout le monde en sortira gagnant.

Tous ces éléments peuvent désarçonner les parents et le corps enseignant, qui n’est pas toujours formé à travailler avec ce type de profils.

Quels sont les traits de caractère de l’enfant surdoué ?

L'enfant précoce est curieux, vif et rapide. Il aime et a besoin que les choses aillent vite, sinon il s'ennuie et anticipe !

Voici un exemple d’expérience vécue par le papa d’un petit garçon HPI, qui essayait de lui faire apprendre une poésie : « Mon fils passe son temps à jouer avec un ballon et à écouter ce que fait sa sœur au lieu de réciter ! Il refuse de se concentrer ». En fait, c'est tout le contraire ! Non seulement l'enfant surdoué a besoin de faire plusieurs choses en même temps, mais c'est ainsi qu'il sera le meilleur. Acceptez qu'il apprenne à sa façon et il apprendra vite. Lorsque le papa a dit à son fils qu'il pouvait réciter comme il le souhaitait, ils ont passé ensemble un moment agréable... Mais en plus de cela, le père a constaté que son fils connaissait déjà sa poésie avant même de commencer à l’apprendre !

L’enfant surdoué est très sensible : il a souvent du mal à s’endormir parce qu’il ressasse sa journée, les hauts et les bas, ce qu’il a réussi ou pas. Il est en permanence en proie à un afflux d’émotions qui le dépassent. Très empathique, il ne supporte pas de voir les autres souffrir. Il sera disponible pour eux, à leur écoute. C’est un très bon camarade, fiable et fidèle. Il faut même parfois veiller à ce que les autres n’abusent pas de sa grande générosité.

C’est souvent cette partie émotionnelle qui amène les parents à consulter : des enfants qui ont du mal à se faire des copains, qui sont très exclusifs, voire qui ont tendance à s’isoler... Il peut également s’agir d’un enfant qui pleure pendant des mois à la maternelle alors que toute la classe est acclimatée. Les parents disent qu’ils entendent souvent « Votre enfant est le seul qui… ». En effet, statistiquement il y a un ou deux enfants précoces par classe, alors il se peut que ce soit le vôtre !

Ces enfants se posent souvent des questions existentielles, voire philosophiques : « Pourquoi on vit ? Qu’est-ce qui se passe quand on meurt ? Quelle mission j’ai sur cette terre ? ». Autant de sujets qui peuvent inquiéter les parents, mais pas de panique : ce n’est que le reflet de l’intelligence et du besoin de tout comprendre de votre enfant.

Pourquoi faire tester son enfant ?

La meilleure façon de lever le doute est de faire tester votre enfant, pour éviter toute confusion par rapport aux enfants hyperactifs ou hypersensibles par exemple. Le test le plus utilisé chez l’enfant en France s’appelle le WISC V et peut être effectué dès l’âge de 6 ans, mais il n’est vraiment pertinent qu’à partir de 8 ans. La personnalité du jeune enfant évolue beaucoup trop pour que l’on puisse statuer avant. Des tests se font également chez les bébés mais ils ne sont pas particulièrement recommandés...

Tester son enfant, c’est d’abord un moyen de le soulager de sa souffrance de ne pas être « comme les autres ». En effet, savoir de quoi « on souffre » est le début du mieux-être. Parfois, il est recommandé de faire accompagner son enfant en thérapie pour l’aider à verbaliser cette impression d’être différent, de vivre et de ressentir le monde autrement. Cela aide aussi beaucoup les parents à mieux le comprendre et à trouver un moyen de communiquer. L’enfant pourra enfin mettre des mots sur ce qu’il ressent et cela aidera ses parents à décrypter ses fonctionnements et ses besoins. Faire le test est donc essentiel pour que le système familial puisse sortir du stress et de la pression. Ne vous en faites pas, votre enfant va évoluer et vous avec lui.

Si les résultats des tests sont homogènes, aucune inquiétude : votre enfant aura un parcours scolaire sans encombre ! Le gros de l’accompagnement sera centré sur son profil émotionnel. Si ses résultats sont hétérogènes, vous pourrez alors travailler avec un thérapeute pour faire les meilleurs choix afin d’éviter un éventuel échec scolaire. Cela reste un risque pour les enfants non détectés et donc moins bien accompagnés.

Dans tous les cas, tester pour diagnostiquer la précocité dès l’enfance reste le moyen le plus efficace pour savoir comment votre enfant fonctionne. Cela vous permettra également de ne pas attendre de lui ce qu’il ne peut pas donner. L’objectif est d’apaiser les parents et les enfants pour que chacun trouve sa juste place. N’ayez pas peur, vous êtes ses parents : vous saurez être là pour lui et l’écouter. Dans tous les cas, n’hésitez pas à consulter si vous en ressentez le besoin.

Stéphanie ASCHER
PSYCHOTHÉRAPEUTE
Paris