La dépression du post-partum touche de nombreuses femmes… et de plus en plus d’hommes ! Mais il est parfois difficile de se rendre compte de l’installation de la maladie. Les premiers symptômes peuvent se confondre avec un baby blues qui durerait dans le temps ou avec des plaintes physiques et psychiques normales liées au retour à domicile avec un nouveau-né. En effet, qui n’a jamais ressenti de la fatigue, du découragement et de l’impuissance à cause du manque de sommeil et du rythme lié aux besoins d’un nouveau-né ? Alors comment faire la différence entre un état dit « normal » et l’installation d’une dépression du post-partum ?


Les symptômes de la dépression du post-partum

La dépression du post-partum est caractérisée par le DSM (Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux) comme un épisode dépressif. Pour obtenir ce diagnostic, il faut qu’au moins cinq des symptômes suivants aient été présents durant la même période de deux semaines et aient représenté un changement dans le fonctionnement précédent de la personne :

- Une humeur triste la majeure partie de la journée ;

- Une diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour les activités de la journée ;

- Une perte de poids significative en l’absence de régime ou un gain de poids anormal ;

- Une diminution ou une augmentation de l’appétit ;

- Une insomnie ou une hypersomnie ;

- Une agitation ou une sensation de ralentissement ;

- Une fatigue et une perte d’énergie ;

- Un sentiment de dévalorisation ou une culpabilité excessive ;

- Une diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ;

- Des idées de mort ou des idées suicidaires.

Les conséquences de la dépression du post-partum


La nouvelle mère ressent une souffrance significative. Celle-ci a des répercussions sur son fonctionnement social, personnel, familial ainsi que sur sa relation au bébé. En effet, la mère a souvent honte de ses symptômes alors que la société, l’entourage et certains professionnels de santé véhiculent l’idée que l’arrivée d’un bébé est un « grand bonheur » et que les mères ont « tout pour être heureuses ». C’est souvent le cas, mais cela ne prend pas en compte la charge liée à la grossesse, l’accouchement et la fatigue intense liée au post-partum. Il existe aussi des bébés qui pleurent constamment, régurgitent souvent ou ne dorment que dans les bras, ce qui aggrave la sensation de fatigue des parents. Or, la fatigue a des répercussions réelles sur le moral et l’anxiété.

S’installe alors un cercle vicieux : moins on dort, plus on ressent de l’épuisement, de la tristesse, de l’anxiété, moins on arrive à relativiser et donc... à se reposer. Ce cercle vicieux s’installe aussi dans la relation à l’enfant puisque la mère peut avoir tendance à s’isoler ou à s’énerver. Le bébé le ressent très vite et redouble ses pleurs, ce qui augmente alors les symptômes de la mère.

Si la dépression du post-partum n’est pas diagnostiquée ni prise en charge, il peut donc y avoir des conséquences délétères sur le développement cognitif, émotionnel et social des enfants. Il peut également y avoir un impact sur la relation d’attachement puisque la dépression du post-partum, en l’absence de traitement, s’enraye rarement avant un an.

L’importance de l’entourage de la jeune mère


Ce qui doit également alerter sont les retours de l’entourage : le coparent et la famille proche sont souvent aux premières loges pour évoquer avec la mère les changements de comportement qu’ils ont pu observer. Alors que les premiers signes passent souvent inaperçus ou sont volontairement cachés par les patientes, le changement de fonctionnement de la mère, l’intensité et la persistance des symptômes peuvent questionner l’entourage, renforçant alors le sentiment de culpabilité, voire la honte de la jeune maman. Les proches se sentent alors démunis : ils ont l’impression de renforcer la tristesse de la patiente et ne savent pas vers qui se tourner.

Il est toutefois nécessaire d’en parler le plus tôt possible afin qu’une prise en charge spécialisée puisse être mise en place auprès de la patiente et de son bébé. Il existe de nombreux lieux vers lesquels s’orienter et il ne faut surtout pas rester seule avec ces questionnements et cet état psychique.

Lucille CLOAREC
Psychologue clinicienne
Saint-Cloud