Je vais mécaniquement habiller mes fils. Quand vient le tour du plus petit, je panique. J’ai toujours pour angoisse qu’il tombe de la table à langer. Ce matin-là, je suis restée figée dans le fauteuil installé dans sa chambre. Je ne pouvais plus bouger. Mon mari étant parti travailler, j’ai contacté une amie en lui demandant de m'emmener à l'hôpital.

Je m'appelle Morgane, j'ai 31 ans, je suis maman de 2 enfants : Nathan qui aura 6 ans en janvier et Dywan qui a eu 2 ans en septembre. Ma dépression est arrivée à la naissance de mon second enfant, mais je pense qu’elle fait suite à ma première grossesse qui a été chaotique.

Pour Nathan, je suis tombée enceinte quinze jours après l'avoir décidé ! Ça a été très rapide. Nous avons fait la première échographie et tout allait bien. En parallèle, j’ai fait la prise de sang pour le tri-test et on m’a annoncé qu’il était positif. Il y avait un risque sur cent-dix que mon bébé souffre de trisomie. *Note des professionnels de santé : ce test donne un niveau de risque qu’il y ait une maladie chromosomique, comme la trisomie 21. Si le risque apparaît élevé (< 1 sur 1 000), on propose d’autres tests pour affiner le diagnostic.

Pendant deux mois, je stresse beaucoup… Je passe l'amniocentèse et attends de nouveau trois semaines pour le résultat. Négatif. Je respire à nouveau de savoir que tout va bien. Mon ventre s’arrondit et j'apprends que c’est un petit garçon ! Je suis ravie.

Quelques semaines plus tard, après un rapport intime avec mon mari, je fais une hémorragie. Je suis hospitalisée et placée une nuit sous surveillance, mon col étant fragile. Nous faisons une nouvelle échographie, mais tout va bien.

Mon bébé arrive à la 37e semaine de grossesse : l’accouchement se passe bien, hormis une péridurale qui ne fonctionne que sur une jambe ! Nathan va bien, et ce malgré ma grossesse compliquée.

Deux ans plus tard, nous souhaitons avoir un nouvel enfant. Je prends de l’acide folique, mais de mai à septembre, pas de résultat. *Note des professionnels de santé : l’acide folique est donné en prévention du risque de malformations de l’embryon. Il peut également avoir un effet positif sur la fertilité.

En septembre, un drame nous tombe dessus : mon beau-père nous quitte subitement, suite à une crise cardiaque. C’est un choc, cette épreuve est particulièrement difficile. Je perds l’appétit et 15 kg en deux mois. Dans ce moment rempli de tristesse, mon mari apprend sa titularisation et le commencement d’un CDI. Il plaisante gentiment en me disant que c’est peut-être le moment d’envisager à nouveau le deuxième enfant. Je me dis qu’après tout, s’il arrive, c’est un joli signe.

Je découvrirai quelque temps après que je suis tombée enceinte le 25 décembre. J’ai vu là un beau cadeau de mon beau-père. Ce qui m’inquiétait en revanche, c’était la date du terme qui tombait la veille de la date d’anniversaire de son décès…

Finalement, mon bébé est né avec un peu d’avance. Le cordon s’est enroulé autour de son cou et il a avalé du méconium (premières selles du bébé). Le pédiatre arrive en urgence, car malgré une aspiration, mon bébé a toujours des difficultés respiratoires. Au bout de 45 minutes, sa respiration reprend normalement.

Le lendemain matin, Dywan se met à trembler : c’est le signe d’une infection. La sage-femme demande une prise de sang. Il est trois heures du matin quand on m’apporte les résultats. Là, tout bascule. On nous envoie d’urgence au service pédiatrique, je suis épuisée, je n’y comprends rien. On me laisse assise pendant que deux puéricultrices branchent mon bébé et l'habillent. Je me sens mal, je suis dans le brouillard et je ne peux rien faire. J’appelle mon mari, mais il dort et ne répond pas.

Le lendemain matin, on programme une radio des poumons le jour même et une ponction lombaire deux jours plus tard. Je ne trouve pas ma place, je me sens désemparée et je pleure beaucoup pendant ces journées passées à la maternité. Pendant deux semaines, les infirmières passent toutes les deux heures pour contrôler la santé de mon bébé. Je suis stressée, épuisée et je n’arrive pas à récupérer. Finalement on ne lui trouve rien, et on nous laisse sortir de la maternité 15 jours après notre arrivée.

De retour à la maison, mon bébé ne fait que pleurer. On lui diagnostique le RGO (reflux gastro-œsophagien) et on devra attendre un mois et demi avant de trouver un lait qui lui convient. Il ne supporte pas non plus qu’on le change. J’imagine qu’il a souffert de toutes ces manipulations à l'hôpital… Après les pleurs de douleur, le voilà qui hurle dès que je souhaite le changer.

Quelque temps après, nous déménageons dans une nouvelle maison dont nous sommes propriétaires. Je vous passe la fatigue du déménagement et de la vie au milieu des cartons. Nous avons tout pour être heureux, pourtant je sens que ça ne va plus… Mon bébé me paraît étranger, il ne me sourit plus, il ne réagit plus. Mon grand garçon devient également plus discret et nos échanges plus lisses. Mais ça ne me fait rien : sur le moment, je ne ressens rien.

Vient le temps de retourner au travail. Je pensais que ça arrangerait les choses, mais non. Je n'y étais pas très bien entourée. Je me donne corps et âme à mon travail pendant cette période. Mais le soir, quand il est temps de rentrer chez moi, je ne fais que pleurer...

En décembre, nous apprenons le décès d’un proche, une nouvelle qui ravive de mauvais souvenirs et beaucoup de tristesse. Rien ne me donne le sourire, je suis impassible aux fêtes de Noël et aux moments en famille. Je poursuis mon travail acharné tout en enchaînant les crises d’angoisse.

Il arrive un moment où mon corps me dit stop. Je fais un malaise au travail et m’écroule. Après cet évènement, je décide d’aller voir une psychiatre. Elle me prescrit des antidépresseurs, mais ils ne me conviennent pas et j’ai la sensation de craquer davantage. Je me sens vidée, sans forces et sans aucune envie. Quinze jours après le début du traitement, je parle à mon mari. Je lui dis ce que je ressens, que les médicaments ne m’aident pas, que je me sens mal.

Après cette discussion, je vais mécaniquement habiller mes fils. Quand vient le tour du plus petit, je panique. J’ai toujours pour angoisse qu’il tombe de la table à langer. Ce matin-là, je suis restée figée dans le fauteuil installé dans sa chambre. Je ne pouvais plus bouger. Mon mari étant parti travailler, j’ai contacté une amie en lui demandant de m'emmener à l'hôpital. J’avais besoin d’aide, j’allais vraiment mal, je souhaitais être hospitalisée.

Une fois arrivées, ils ont pris ma tension qui était à 17 et j’ai fait une nouvelle crise d’angoisse incontrôlable. Ils m’ont hospitalisée en service psychiatrique pendant trois semaines. On m’avait prescrit 4 anxiolytiques et 1.5 antidépresseurs.

Depuis cette hospitalisation, je suis suivie par une psychiatre avec laquelle j’ai pu mettre des mots sur ce qui n’allait pas. De vieilles blessures n’avaient jamais été cicatrisées, telles que la peur de l’abandon, le harcèlement que j’ai vécu plus jeune ou encore le manque d’attention de ma mère. Tous ces souvenirs difficiles ont sûrement été réactivés à la naissance de mes enfants. J’aime beaucoup cette psychiatre, elle m’a réellement aidée à trouver la voie de la guérison. Nous avons espacé peu à peu les séances et réduit les doses médicamenteuses. Je la vois encore tous les deux mois pour discuter et envisager l’arrêt du traitement.

Avec mes fils, depuis 6 mois, je sens que nos relations s’améliorent. J’ai senti la barrière se rompre avec mon petit dernier. Quand je suis fatiguée, il m’arrive de douter et de perdre patience, mais je perçois quand même une nette amélioration depuis le début de mon suivi. Bientôt, je sais que tout ça sera un lointain souvenir.