100 000 mères souffriraient de dépression post-partum chaque année*, quand seulement 5 % d’entre elles disent avoir été diagnostiquées par un spécialiste**.

Le manque de suivi post-accouchement, la carence en informations et le sentiment de honte qui accompagne la dépression post-partum rendent en effet difficile le diagnostic de cette maladie.

Face à la pression sociale et aux injonctions, les jeunes parents n’osent pas parler de leur mal-être et demander de l’aide quand ils en ressentent le besoin. Or, une dépression post-partum non diagnostiquée peut avoir de lourdes conséquences sur la santé de la mère, du co-parent et de l’enfant. Alors, comment briser ce tabou et favoriser la libération de la parole des parents ?

Pour ouvrir le dialogue sur les réseaux sociaux, Malo a lancé le hashtag #MaDepressionPostpartum. Son objectif ? Inciter les jeunes parents à livrer leur témoignage sur la dépression post-partum, pour briser le silence qui pèse sur cette maladie.

Dans le cadre de cette campagne de sensibilisation, Aurélie, jeune maman ayant souffert de dépression post-partum, a accepté de nous dévoiler son expérience douloureuse pour aider à son tour de jeunes mères à sortir du silence.

“J’ai le sentiment que la première année de vie de mon fils m’a été volée. Je ne garde que des souvenirs tristes de cette période…

Nous rêvions d’avoir un enfant et je suis tombée enceinte très rapidement. J’ai vécu une super grossesse et l’accouchement s’est très bien passé. Mais quand mon fils est arrivé, j'ai eu peur de tout : de le toucher, de le changer, de lui faire prendre un bain… A la maternité, c’est mon mari qui s’en est chargé et de retour à la maison, j’avais le sentiment d’être encore soutenue.

Mais passé 3 semaines, il a repris le travail et toutes mes angoisses se sont accentuées. J’avais tout le temps envie de pleurer, la nuit, je faisais des paralysies du sommeil, je me sentais bloquée dans mon corps tout en étant réveillée.

Mon fils pleurait beaucoup, il avait besoin d’être constamment dans mes bras. J’ai assez peu confiance en moi et je faisais face, sans cesse, aux injonctions de ma mère et de ma belle-mère “Tu le portes trop”, “Laisse le pleurer”, “Il ne fait pas encore ses nuits ?”... J’avais le sentiment de ne jamais être à la hauteur.

Et quand mon fils a eu 4 mois, la situation s’est empirée...

Il se réveillait toutes les heures. A côté, je voyais mes amies s’en sortir sans problème. Et pour moi,  rien ne se passait comme prévu. Quand j’allais sur Instagram, je voyais toutes ces mères resplendissantes quand moi, je me sentais craquer. J’ai plusieurs fois hésité à laisser mon bébé dans son lit et à sortir prendre l’air dehors... J’appelais mon mari au secours pour qu’il rentre plus tôt du travail. Je me coupais peu à peu de mes amis, il rentrait toujours tard, je me sentais vraiment seule.

Il est arrivé un moment où tout est devenu particulièrement difficile : me lever, lui donner à manger, le changer... Comme si j’étais vidée de mes forces. J’avais le sentiment de vivre un enfer...

J’ai fini par faire des recherches sur Internet et j’ai découvert les symptômes de la DPP. Je cochais la plupart des cases et j’en ai parlé avec mon mari. Je suis allée voir une psy en PMI, mais je n’ai pas réussi à le verbaliser, j’avais honte d’être comme ça. Elle s’est beaucoup intéressée au bébé, mais pas à moi. J’ai finalement arrêté.

Puis, passé le confinement, nous avons déménagé. Mon fils a eu un an et il est entré en crèche. J’ai eu du temps pour moi, j’ai pu retravailler et les temps difficiles sont devenus plus courts. J’ai donc décidé de revoir une psychologue périnatalité.

J’ai réussi à lui dire que je pensais avoir une dépression post-partum, ce qu’elle a confirmé. Elle me suit toujours et je commence à aller mieux. Malheureusement, rien ne me rendra cette année perdue. Quand on est jeune maman, il est très difficile d’admettre que ça ne va pas. On a honte, on devrait être heureuse alors que non.

Ce qui m’a aidé à tenir le coup, c’est l’allaitement. Ces moments de calme et d'apaisement pour mon bébé, comme pour moi. Ce lien unique que j’avais avec lui, alors qu’il m’était difficile d’en établir un autrement à ce moment-là.

Aujourd’hui, ce qui m’aide, c’est de pouvoir lire les partages d’expériences d’autres mamans et d’en parler à mon tour.

Alors, j’espère que mon témoignage servira à d’autres mamans, et même si je n’en aide qu’une, j’en serais heureuse.”

Aurélie

*Adrien Taquet, Secrétaire d’État à l’Enfance, lors des Assises de la santé mentale du 28 septembre 2021

**Sondage OpinionWay pour Quare