Comment trouver le bon équilibre ? Voici le témoignage de Charlotte

J’ai une véritable feuille de route en tête pour ma vie : j’aime construire mes projets par étapes. Ma carrière a toujours été d’une grande importance pour moi, tout autant que ma vie personnelle.

J’ai rencontré mon mari en école d’ingénieur, dans laquelle j’étais investie dans la junior entreprise. Il m’a, pour ainsi dire, toujours connue comme étant une femme entrepreneuse. De mon côté, suite à mes expériences passées, j’ai su reconnaître en lui une personne fiable et en accord avec mes valeurs. Nous étions tous deux alignés sur la direction que nous souhaitions donner à notre vie.

Nous nous sommes mariés en août 2014 et au retour de notre voyage de noces, j’ai décidé de créer ma propre entreprise. Mon aventure entrepreneuriale a démarré en septembre par la création d’une marque de vêtements sur mesure pour laquelle j’ai consacré beaucoup de temps et d’énergie.

Grossesse et aventure entrepreneuriale

C'est moi qui ai voulu lancer notre projet d'enfant, alors que je venais de lancer mon entreprise. Je n’y voyais personnellement aucune contrainte, au contraire, la création appelle parfois la création. Mon mari et moi télétravaillions déjà beaucoup à l’époque et ça a été la clé pour toute notre organisation future et notre équilibre actuel.

J’ai eu la chance de vivre une superbe grossesse, j’aime être enceinte. Mon corps me rappelait la nécessité de faire des pauses, mais cette fatigue n’était pas pesante. Je me suis donné deux fois plus dans mon entreprise.

J’avais une appréhension sur la perception de ma grossesse dans le milieu entrepreneurial. Finalement, la grossesse est un véritable “ice breaker”. Lorsque je rencontrais des investisseurs, nos premiers échanges se tournaient vers la parentalité, un sujet personnel et rassembleur. Nous avons eu des échanges du type “Oh, c’est votre premier, félicitations ! J’ai également deux enfants”. Deux banques de financement ont par ailleurs financé mon projet à quelques semaines du terme !

L’organisation des premiers mois avec bébé

Notre fils est né deux ans après le lancement de mon entreprise. Les premières semaines ont été bouleversantes et très heureuses. C’était une très belle rencontre, nous avons tous les deux appris à connaître notre nouveau-né. Cette arrivée et son organisation ont été très naturelles pour nous deux.

Nous travaillons beaucoup l’un et l’autre, mais notre organisation personnelle est un sujet quotidien. Nous communiquons beaucoup et planifions notre agenda professionnel en fonction de notre vie personnelle, et non l’inverse.

Mon mari est un réel coparent. Il était présent à chaque étape de la grossesse, à chaque rendez-vous médical, à la rédaction du projet de naissance, à l’accouchement, etc. Il a par ailleurs pris un congé paternité d’un mois, contre 14 jours à l’époque, pour être pleinement présent les premières semaines de vie de notre enfant. Il a toujours eu l’envie d’être engagé dans son rôle parental.

Quelques semaines avant mon accouchement, j’ai eu la chance d’être rejointe par une nouvelle associée. J’ai pu la former et prendre un mois pour me concentrer sur mon bébé.

Il n’y a pas de congé maternité dans l’entrepreneuriat. Je suivais de loin les projets. La frontière entre la vie personnelle et professionnelle est floue. Quand c’est votre propre société, la charge mentale est très différente : la trésorerie, vous l’emmenez avec vous le soir. Quand je ne travaillais pas, il n’y avait pas de chiffre d'affaires. C’est pourquoi je me suis remise à travailler au bout d’un mois. Nous n’avons pas eu de place en crèche avant ses 8 mois, nous avons donc dû apprendre à travailler avec un bébé à côté.

Ma charge mentale était davantage alourdie par les injonctions faites aux femmes que par ma maternité elle-même. J’étais abreuvée de tellement d’histoires de femmes qui devaient choisir entre leur vie personnelle et professionnelle que j’étais inquiète pour la réussite de mon projet. Je cherchais à tout optimiser, par exemple allaiter en répondant aux mails.

À cette époque, je me suis rendue compte des ressources colossales que nous avions en nous. Avant la naissance de notre enfant, nous étions de très gros dormeurs. Nous dormions 9 à 10 heures par nuit et lorsque mon fils est né, je réussissais à faire des cycles de sommeil d’une à deux heures et je me sentais plutôt en forme le lendemain. Nous avons mis en place le cododo pour pouvoir récupérer.

Malgré la fatigue, les difficultés psychologiques liées aux pleurs du bébé et un certain sentiment de solitude face à l’inconnu, nous avons eu la chance d’être bien entourés. Nous habitions au centre de Paris, à proximité de nos proches et d’un centre de PMI.

Nouveau poste, nouvelle organisation  

Lorsque mon fils a eu un an et demi, j’ai liquidé ma société. On m’a fait une proposition pour rejoindre une start-up spécialisée dans la tech en tant que Directrice générale. J’ai accepté ce poste, particulièrement challengeant. Avec cette nouvelle expérience professionnelle, j’ai vécu la douleur bien connue des parents de laisser mon fils pour aller au travail. Avant cela, même si je travaillais tout le temps, j’étais toujours physiquement proche de mon enfant.

Je me suis remise en question, je culpabilisais d’être une mauvaise mère, de trop travailler. Finalement, avec le temps, je me suis rendu compte que la “mère oisive” est un véritable fantasme. Que tu sois mère au foyer ou que tu travailles, tu as toujours plein de choses à faire, à moins que tu sois une femme particulièrement aisée, accompagnée d’une armada de professionnels.

L’entreprise est située à Orléans et j'habite à Paris. Je faisais donc deux allers-retours par semaine. Je partais tôt, avant sa tétée du matin. J’étais stressée de sortir de la maison sans qu’il se réveille. Ses pleurs me brisaient le cœur.

Allier grossesse et poste de direction

Je suis tombée enceinte de mon deuxième fils trois mois après mon arrivée dans cette entreprise. J’avais ce réel désir, mais j’avais la pression par rapport à ma nouvelle prise de poste. Je ne souhaitais pas retarder mes missions de Directrice générale en prenant un congé maternité, je me sentais redevable. J'ai souhaité annoncer ma grossesse au fondateur avant la fin de ma période d’essai afin qu’il ne se sente pas coincé.

Le jour prévu de l’annonce, nous avions un dîner avec une partenaire à Paris. Au milieu du repas, celle-ci nous a annoncé “Vous ne savez pas ce qu’il m’arrive ? Ma principale salariée est enceinte ! La prochaine fois je recruterai un homme”. J’étais évidemment stupéfaite, sans pour autant paraître décontenancée.

Elle s’est absentée un temps pour aller aux toilettes, j’ai alors fait mon annonce au fondateur. Celui-ci a très bien réagi ! C’est une annonce particulièrement difficile à faire à son employeur, j’étais ravie qu’il l'accueille avec bienveillance. À son retour des toilettes, j’ai ainsi pu expliquer à notre partenaire que j’étais enceinte et combien il était important de ne pas tenir ce genre de discours.

Pour ma vie professionnelle, au départ, je voulais montrer que j’étais une battante, que tout allait bien se passer. En tant que Directrice générale, j’ai la chance de pouvoir m’organiser à ma façon, néanmoins le rythme est resté très soutenu jusqu’à la fin de ma grossesse. J’ai décalé le plus possible mon congé pré-partum et au final, j’ai rendu mon ordinateur le vendredi et accouché le lundi suivant. Je ne me sentais pas réellement libre de me préparer à cette naissance et je n’ai pas été très aidée par ma hiérarchie.

Je devais lâcher prise par rapport à mon entreprise, une donnée difficile également pour mon employeur. Je devais le préparer au fait que je ne travaillerai pas pendant mon congé maternité. Malgré tout, il insistait, certainement inquiet de ne pas pouvoir gérer seul : “N’hésite pas à me dire si tu souhaites reprendre telle mission, reviens quand tu veux !” J’étais notifiée sur WhatsApp et j’avais du mal à couper.

Coparentalité et post-partum

Le salariat m’a tout de même permis de prendre un congé maternité et mon mari a également posé deux mois de congés sans solde. C’était très agréable pour moi qu’il soit présent. Nous avons tout organisé entre nous : il gérait par exemple tout ce qui était relatif au médical. Ce qui me fait encore rire aujourd’hui, parce que c’est moi qui lui demande où est rangé le carnet de santé. Et comme j’allaitais, c’est lui qui faisait les courses et la cuisine !

À mon retour au travail, j’ai clairement expliqué les changements qui devraient s’opérer : je ne pourrais pas tenir le même rythme qu’avant. Mon employeur avait hâte que je reprenne pour réduire sa charge mentale. Ces échanges ne se sont pas très bien passés et j’ai de mauvais souvenirs de cette période.

Je suis venue au travail à Orléans avec mon bébé. J’avais envie de revoir l’équipe et en même temps, il m’était impensable de laisser mon bébé 13 heures sans l’allaiter. Je n’ai pas vraiment demandé l’autorisation par ailleurs, et je l’ai fait pendant 1 mois.

S’en est suivi le Covid, une “bonne nouvelle” pour moi puisque je pouvais rester télétravailler tout en gérant les enfants avec mon mari, ce que nous avions déjà l’habitude de faire.

Une organisation millimétrée, la clé pour trouver un équilibre vie pro/vie perso ?

Aujourd’hui, mes enfants sont âgés de 2 ans et demi et 5 ans. Nous avons fait le choix d’une organisation millimétrée pour avoir un équilibre qui nous convienne entre le pro et le perso. C’est quelque chose de fragile mais très gratifiant.

Voici ce que nous avons mis en place :

  • Nous nous sommes tous les deux mis en télétravail, ce qui permet d’être très souple sur la gestion de la vie familiale. J’ai personnellement besoin de très peu de temps pour moi, mais je ne souhaite pas voir diminuer mon temps en famille.

  • Notre vie de famille est au centre de notre agenda : notre vie professionnelle est organisée en fonction de celle-ci. Nous allons chercher notre fils à 16h30 à l’école : de ce fait, je n’accepte plus aucun rendez-vous en visio à partir de cette heure-ci. Cela fonctionne très bien ! Il est cependant nécessaire de ne jamais lâcher.

Paradoxalement, nous sommes plus disponibles avec mon mari pour sortir. Nous sortons une fois par semaine avec nos amis, c’est programmé bien en avance, et le reste de la semaine nous nous couchons à 20h30.

La clé, c'est de ne pas douter : il est nécessaire de s’imposer une rigueur et de ne rien lâcher. Si on est dans l’appréhension d’être mal perçue en prenant ces décisions, ça ne marchera pas. Ces critères sont indispensables pour trouver un équilibre entre sa vie pro et perso.

À noter également : mon mari et moi sommes en accord sur la notion de coparentalité. En tant que femmes, il est nécessaire de rester très vigilantes sur cette notion de partage des tâches. La famille, les proches… seront tentés de vous faire rentrer dans un schéma patriarcal bien précis. Cela demande une vigilance permanente pour faire appliquer ses propres valeurs au sein de son couple et de sa famille.