Les troubles du comportements alimentaires doivent toujours être abordés d’abord sous l’angle somatique. Il existe de nombreuses fonctions qui vont concourir à la bonne absorption et utilisation du bol alimentaire.

Les raisons les plus fréquentes des troubles du comportement alimentaire sont les reflux ou les régurgitations. Ces deux troubles provoquent une gêne, parfois telle qu’elle pourra empêcher la prise de nourriture, comme de l’air que l’enfant évacue en faisant un rot. Dans ce cas, les difficultés en principe s’amendent progressivement, d’autant que des traitements sont possibles et efficaces.

Quelles sont les raisons qui doivent amener à consulter en urgence ? Tout d’abord cela dépend de l’âge : avant 3 mois, toute fièvre justifie un avis médical en urgence.
Ensuite si l’enfant à un comportement modifié comme des pleurs inconsolables ou de la fièvre, que vous ne trouvez pas votre enfant « comme d’habitude », alors vos inquiétudes sont justifiées et un avis médical peut être demandé.

Comment savoir s’il s’agit un trouble du comportement alimentaire ?
Avant toute autre considération, gardez à l’esprit que si les courbes de poids et de taille évoluent harmonieusement, alors il n’y a pas d’urgence à s’inquiéter.

Vous pouvez évoquer ce sujet avec une puéricultrice, les personnes responsables de la garde de votre enfant (à la crèche par exemple, il y a souvent un pédiatre attaché qui passe une ou deux fois par semaine), ou à votre médecin traitant s’il a l’habitude.

Il peut arriver que comportements nous inquiètent – et c’est bien normal. L’essentiel est de pouvoir en parler. Parfois il suffit attendre et de réévaluer après quelques temps pour s’assurer que tout est redevenu normal et permettre à vos inquiétudes de disparaître.

Le moment où l’enfant s’alimente est un moment où tous ses sens sont en éveil. Il peut arriver que certaines situations (bruits excessif, stress, contrariétés, etc.) influencent la qualité des repas. Mais ces situations ont rarement des répercussions sur les courbes de croissance.
Les troubles du comportement alimentaire à type d’anorexie, ou au contraire d’hyperphagie compulsive (= boulimie) sont exceptionnels avant 5-6 ans et apparaissent le plus souvent entre la préadolescence (9-12 ans) et la période de jeune adulte (< 25 ans).  

On retiendra donc qu’avant 3 ans, il faut plutôt évoquer des troubles digestifs ou de l’oralité car les troubles du comportement alimentaire sont extrêmement rares.
Il existe une période, lorsque la diversification alimentaire débute, où un refus peut se mettre en place. Il est en générale passager et l’attitude préconisée est de ne pas forcer mais proposer plus tard à nouveau les mêmes aliments.
Dans de très rares cas, on peut observer des troubles du comportement alimentaire à type de privation qui touchent les enfants de 6 mois à 3 ans. On parle alors d’anorexie du nourrisson.

Cette pathologie peut prendre différentes formes : un manque d’intérêt pour la nourriture, une sélectivité (souvent sur des caractéristiques sensorielles) ou encore des craintes et des angoisses sur les conséquences désagréables que l’alimentation a pu susciter (maux de ventre, vomissements, etc.). Dans ces situations, une évaluation par un professionnel est nécessaire afin de prendre en considération l’enfant dans sa globalité.

A ce jour, il existe peu d’études sur les liens entre anorexie du nourrisson et troubles du développement mais cette question est de plus en plus abordée.
Les recherches tendent à montrer qu’une évaluation globale est très importante et qu’une attention particulière doit être portée au développement de l’enfant présentant une anorexie car elle peut – très rarement il est vrai – être liée à des perturbations touchant certaines molécules qui régulent l’appétit, ou certaines anomalies siégeant sur des zones cérébrales impliquées dans l’appétit.

Ce sont des syndromes génétiques rares et dans ce cas, l’anorexie n’est jamais un symptôme isolé.

Dans tous les cas, la courbe de croissance staturo-pondérale est bien sûr très importante pour évaluer les conséquences de perturbations alimentaires – toutefois, les inquiétudes, bien souvent passagères, doivent toujours être écoutées et réévaluées dans le temps.

Les troubles du comportement alimentaire liés au rapport que l’enfant entretient avec la nourriture (et non pas uniquement la capacité à absorber et éliminer la nourriture) apparaissent lorsque l’enfant a acquis suffisamment d’autonomie pour participer activement à son alimentation.

Après 6 ans, si les refus alimentaires persistent, avec un fort impact sur l’état général et la croissance de l’enfant, alors l’avis d’un professionnel s’impose.

Dr Guedalia Peretz ASSUIED
Pédopsychiatre
Pau