Dans son ensemble, la sexualité est un sujet complexe, dont la société parle peu. Dans le post-partum notamment, votre système conjugal subit de nombreuses mutations, il s’agit d’une étape importante pour le couple. L’acceptation d’un nouveau membre en son sein peut perturber l’équilibre du couple qui doit s’adapter à un nouveau mode de vie, aux changements physiques et psychiques de la maternité que la grossesse et l’accouchement engendrent.

Une baisse de libido physiologique

La sexualité du couple se voit modifiée par diverses raisons physiques, sexuelles et psychologiques. Selon les études, la plupart des couples reprennent majoritairement une activité sexuelle dans les 2 mois du post-partum (environ 75%). Ce délai peut même atteindre un an en ce qui concerne la reprise de rapport avec pénétration dans les suites d’un accouchement, sans que cela ne soit forcément pathologique.

Avec le temps passé à s’occuper de leur enfant, la fatigue et les douleurs périnéales de la femme qui peuvent subsister, le couple a besoin de se retrouver dans l’intimité. Garder le contact avec son partenaire semble primordial et permettra plus facilement de vous retrouver le moment venu. En effet, les différentes marques d’amour et de tendresse, aussi subtiles soient-elles, favoriseront la reprise de votre vie sexuelle active.

Cependant, des difficultés sexuelles sont susceptibles d’apparaître et de fragiliser les liens du couple. La visite post-natale peut être un moment propice pour parler de la reprise des rapports et des éventuelles difficultés rencontrées, n’hésitez pas à en parler à votre sage-femme, gynécologue ou médecin traitant.

Mais avant tout, la qualité de la sexualité du couple et de son entente avant la grossesse sont déterminants pour la suite. Il est rare qu’une sexualité peu épanouie avant l’arrivée de l’enfant, soit profondément améliorée après l’accouchement.

Pour certaines femmes, les semaines qui suivent l’accouchement vont représenter un véritable passage à vide sexuel. Cette baisse de libido s’explique par des modifications hormonales bien connues :

  • estrogènes et progestérone sécrétées en grandes quantités pendant la grossesse chutent brutalement avec l’accouchement;
  • l’ocytocine, hormone de l’amour maternel et de l’attachement, inonde la jeune accouchée et la centre sur son bébé ;
  • l’hyperprolactinémie en cas d’allaitement peut diminuer la libido ;

Toutes ces modifications hormonales agissent sur le corps et l’humeur des femmes :

  • Une sécheresse vaginale qui engendre une mauvaise lubrification et qui est à l’origine de douleurs lors des rapports. Parfois l’utilisation d’un lubrifiant peut grandement pallier à ce désagrément,
  • Une amincissement de la paroi vaginale,
  • Une cicatrisation d’une épisiotomie ou d’une déchirure lors de l’accouchement,
  • Des poussées hémorroïdaires,
  • Une diminution de la maîtrise périnéale (difficultés à retenir des urines ou des gaz),
  • Des lochies (= saignements qui suivent la naissance, peuvent persister pendant 3 semaines),
  • Des changements corporels (kilos en excès, vergetures, relâchement de la sangle abdominals, acné, chute de cheveux...),
  • Une neuropathie d’étirement par micro-lésions des fibres nerveuses est responsable d’une diminution de la sensibilité vulvo-vaginale, souvent source d’incompréhensions dans le couple et mal vécue par la femme,
  • Une dépression du post-partum.

Ces phénomènes physiologiques sont gênants pour la femme comme pour l’homme.

Revalorisation, écoute et bienveillance

Ils peuvent avoir des répercussions sur la vie personnelle et sexuelle de la femme, entraînant une perte de confiance en soi. Or le désir sexuel est souvent conditionné par l’estime de soi. En fonction de la façon dont se sont passés la grossesse et l’accouchement ainsi que le retour à la maison avec votre enfant ; votre sentiment de confiance en vous est conforté ou bien, il peut être altéré. Un vécu douloureux ou traumatique de l’accouchement, un début d’allaitement chaotique, une naissance prématurée, les pleurs de l’enfant... peuvent altérer l’image que vous avez de vous. Un sentiment d’incapacité « même pas capable d’accoucher sans problème » peut alors apparaître.

La femme peut aussi avoir des conduites d’évitements des situations intimes de peur d’avoir mal, de ne pas « satisfaire son conjoint »... Dans cette période de faiblesse physique et psychique, toutes ont besoin de revalorisation, ainsi l’écoute et la bienveillance du partenaire est essentielle à la reprise de confiance de la femme.

C’est pourquoi, le couple doit se sentir écouté par l’entourage et soutenu dans leur nouvelle vie de parents pour renforcer leur confiance en eux et leur capacité à pouvoir s’adapter aux changements.

A l’inverse, nous observons que certaines mamans, émerveillées par leur bébé, euphoriques d’avoir si bien accouché, d’allaiter avec tant de bonheur, reconnaissantes et amoureuses de celui qui l’a conçu, retrouvent plus vite que d’autres, désir et plaisir, malgré tous les handicaps du corps. Ce qui prouve bien que la composante psychologique est un élément très important pour le cerveau féminin.

L’homme, de la même façon, peut aussi ne pas être prêt aux changements corporels de sa compagne, n’ose pas se plaindre de l’odeur de bébé, de lait, de couches, du manque de sommeil, n’ose pas parler d’images « crues » de la naissance le perturbant... qui inhibent son désir.

L’accouchement laisse des traces, qui s’estompent avec le temps mais heureusement, la majorité des couples vit avec bonheur la naissance de leur enfant et une reprise de leur sexualité à leur rythme. Cependant, il est important d’aborder des difficultés si elles persistent. Le temps de récupération de chaque femme est très variable, chacun doit prendre le temps de se retrouver et de se réapproprier son corps et ce nouvel état de maternité (où l’esprit est parfois « ailleurs ») avant de pouvoir de nouveau aborder sa sexualité.

Article rédigé par Aurélia Caillet, sage-femme libérale.

Références

  • Patrice Lopès. « Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum ». In Manuel de sexologie, 2e édition., 82-88. Paris: Elsevier Masson, 2013
  • Patrick Leuillet. « Grossesse et post-partum ». In Médecine sexuelle : Fondements et pratiques, Lavoisier., 201-2. Médecine Sciences Publications, 2016
  • Anne de Kervasdoué. Pourquoi le post-partum est-il une période à risque pour la sexualité du couple ? La Lettre du Gynécologue n°267 Déc 2001
  • Nicolas Joutel. Impact de la grossesse et de la paternité : le point de vue des hommes. Internet Marseille Mai 2011
  • https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01690217 - Mémoire 2017 Camille Toesca-Sexualité féminine après la naissance d’un premier enfant : étude auprès de 75 primipares : quel impact de la naissance sur la sexualité féminine ?
  • https://naitreetgrandir.com/fr/