Je m’appelle Tolérance et j’ai fait un burn-out maternel.

J’ai beaucoup appris sur la coparentalité et le peu de temps où mon compagnon était physiquement présent à la maison, il était en réalité souvent absent, absorbé par son travail. Aujourd’hui, tout n’est pas réglé, c’est un travail de fond, qui prend des années, ça dépasse notre couple, c’est un problème profond, sociétal.

En couple depuis 10 ans, je suis maman d’une petite fille âgée de 8 ans et d’un petit garçon de 3 ans. Cadre infirmière, je travaille avec des migrants atteints de pathologies chroniques sur Paris. Nous les aidons à se réinsérer, à trouver une solution de relogement et leur offrons un soutien psychologique. J’ai toujours travaillé dans le médico-social, avec une appétence pour les domaines de la précarité, du handicap et de la psychiatrie. Aujourd’hui, j’aide des femmes et des hommes aux trajectoires de vie particulièrement douloureuses. J’accueille et accompagne des mères qui ont surmonté de nombreuses difficultés. ayant moi-même fait un burn-out maternel, je pense qu’en tant que professionnelle, je n’ai pas le droit de passer à côté de ce sujet.

J’ai ainsi suivi une formation complémentaire sur le burn-out parental. Ça m’a permis de comprendre les origines de mon burn-out et de vous l’expliquer aujourd’hui. Les femmes ne vous diront pas qu’elles ne vont pas bien, qu’elles sont en difficulté, il y a un réel tabou qui pèse sur ce sujet. Mais leur parole peut être accueillie dans une relation de confiance qui s’instaure dans la durée.

A travers mon compte @maman.aburnoute, je soutiens et oriente comme je peux les femmes qui y sont confrontées. Avec le recul que j’ai aujourd’hui, je peux dire que j’étais en situation de burn-out depuis longtemps. C’était une douleur sous-jacente, difficile à évaluer. Mon conjoint, Officier de gendarmerie, est très souvent absent et du fait de son métier, nous sommes amenés à déménager tous les trois ans en France comme à l’étranger. Le rythme des mutations nous coupe de toutes nos relations.  

J’ai 38 ans, et c’est un âge où il est plus difficile d’intégrer des sphères d’amitié déjà formées. Les absences de mon conjoint étaient à la fois expliquées par les responsabilités qui lui incombent en tant que Officier militaire mais également par un manque d’investissement réel au sein du foyer. Quand ma fille était âgée de 4-5 ans, j’étais en phase de pré-burn-out. J’étais seule, parce que coupée de ma famille, de mes proches mais aussi seule dans la gestion de la vie familiale. Quotidien, enfants, déménagement, je m’occupais de tout.


Le burn-out parental est une accumulation de plusieurs facteurs qui se traduit avant tout par une intense fatigue. En tant que parents, la fatigue à laquelle on est confronté peut être “réactionnelle” et difficile à vivre, mais n’est pas censée devenir chronique. La fatigue que j’ai ressentie pendant mon burn-out était bien plus profonde, elle est présente, vous la sentez mais vous cherchez à la camoufler. Vous vous dites que c’est normal, que ce n’est rien, que ça va passer, jusqu’au moment où se lever le matin devient insoutenable. C’est à partir de ce moment-là qu’on se rend compte que ce n’est pas une simple fatigue, que c’est bien plus que ça.

J’ai ressenti le besoin de partager mon expérience avec d’autres femmes qui pourraient ressentir là même chose que moi. J’ai alors ouvert mon compte Instagram, que j’ai appelé @maman.aburnoute, mais je n’ai finalement rien posté au départ.

Un jour, alors que je prenais le métro pour me rendre au travail, mon corps m’a lâchée. J’étais à un arrêt de métro, j’ai commencé à avoir des vertiges, mes jambes ne répondaient plus, je me sentais extrêmement mal. Je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je ne pouvais plus bouger, j’étais incapable de me rendre au travail, comme si mon corps me retenait d’avancer. J’ai contacté ma Cheffe et je n’ai plus eu la force de faire semblant. Je pleurais à chaudes larmes au téléphone en lui expliquant que je ne pouvais pas venir. Suite à cet appel, j’ai contacté ma mère et je suis allée directement voir mon médecin traitant. C’est une femme qui a mon âge, qui est jeune et ouverte, très bienveillante. J’ai beaucoup de chance de l’avoir.

Pendant plusieurs séances de suivi, je n’ai pas pu parler, j’étais comme effondrée. J’étais triste pour beaucoup de raisons, c’était une période particulièrement difficile. Mon médecin m’a conseillé de lui écrire, de lui dire tout ce que j’avais sur le cœur. C’est ce que j’ai fait, et c’est de cette façon que j’ai eu l’idée de reprendre mon compte Instagram. Je pensais que d’autres femmes pourraient se reconnaître dans mon expérience et que nous pourrions échanger ensemble, nous soutenir mutuellement. En parlant avec mon conjoint le soir de cet événement dans le métro, il a été à l’écoute du fait que je devais prendre un congé, mais il n’y a pas eu de remise en question de mon état de fatigue liée à un déséquilibre au sein du foyer.

Peu à peu, avec mon médecin, nous avons pu identifier les éléments “stresseurs” de mon quotidien. J’ai réalisé combien ma charge mentale était élevée. Ça n’allait pas dans mon couple, il m’était impossible de ne pas tout gérer . Chez moi, tout devait être parfait : une maison qui brille, toujours bien rangée, je refusais toute aide extérieure, telle qu’une nounou ou une femme de ménage. J’étais dans ce qu’on appelle “le perfectionnisme parental” et ce, malgré mon emploi à temps plein. J’avais un réel sentiment de solitude et je me suis raccrochée à mes enfants. Ce perfectionnisme a fait de moi une mère très stricte, à cheval sur les horaires, sur l’éducation. Est-ce que c’est grave s’ils mangent à 18h30 plutôt qu’à 18h ? Pour moi, ça l’était à l’époque. Je me rends compte aujourd’hui que j’étais une mère très dure.

Autre facteur aggravant : mon fils n’a jamais fait une nuit complète, nous savons depuis peu  pourquoi, mais j’étais épuisée physiquement et émotionnellement. Mon conjoint ne s’est jamais levé la nuit pour me relayer. Et puis, c’est encore particulièrement douloureux d’en parler aujourd’hui, mais j’ai également été très distante avec mes enfants. Il n’y a rien de pire pour une mère ! La fatigue profonde, omniprésente, rend le quotidien particulièrement compliqué. Je ne me rendais pas compte à l’époque que je n’avais plus envie de les voir par moment, que leurs pleurs m'insupportaient. Je nourrissais une frustration vis-à-vis d’eux, du fait de notre déséquilibre au sein du couple : pourquoi est-ce toujours à moi de m’occuper d’eux ? J’avais en tête la postulat qu’ils étaient à l’origine de mon état de mal-être.

Je n’avais plus un seul moment pour moi. Je n’ai jamais ressenti le regret d’être mère pour autant. C’est très différent de la distanciation. J’étais plutôt désintéressée. Je les prenais dans mes bras, mais intérieurement, je ressentais une distance affective. J’ai encore beaucoup de mal à l’accepter, ça me rend particulièrement triste. Heureusement pour moi et pour mes enfants, mon corps a été mon signal d’alarme, j’ai été rapidement suivie et accompagnée. Quand nous avons avancé dans le suivi avec mon médecin, que j’ai repris des forces et que nous avons pu entrer en profondeur dans certaines problématiques, j’ai compris combien je nourrissais d’amertume envers mon conjoint, du fait de son désengagement de son rôle de père.

Quand je relis aujourd’hui mes premières publications Instagram, j’employais l’expression “le manque d’aide”. Or aujourd’hui, je comprends qu’il ne faisait pas “sa part”. J’ai beaucoup appris sur la coparentalité.

Aujourd’hui tout n’est pas réglé, c’est un travail de fond, qui prend des années, ça dépasse notre couple, c’est un problème profond, sociétal. Au départ, je me disais “le pauvre, il travaille, il a des responsabilités, je ne vais pas attendre de lui qu’il se lève, qu’il m’aide”. Mon médecin m’a alors dit “mais vous aussi vous travaillez, vous avez des responsabilités”. Nous avons entamé une discussion sur ce sujet, qu’il a d’abord mal accueillie. Il vivait ces échanges comme des reproches, sans admettre la nécessité d’une remise en question. Quatre mois ont passé. Je n’ai jamais souhaité “quémander”. Je voulais qu’il comprenne par lui-même qu’il devait s’investir davantage. J’étais dans une attente et cela m’a paru une éternité. Il a fini par comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une simple fatigue, mais il ne s’en est pas suivi d’actes concrets, comme par exemple, se lever la nuit.

J’ai décidé de partir, prendre du recul quelque temps dans ma famille, que l’on puisse réfléchir à notre couple, chacun de notre côté après une nouvelle discussion. Je lui ai dit qu’il était temps d’agir, car à défaut, je ne pourrais plus rester. Après 15 jours - écoutée, comprise et entourée par mes proches - je suis rentrée chez moi, ressourcée. Et parce que j’allais mieux, j’ai pu observer ses implications dans la maison, que je n’étais pas arrivée à voir avant.

Peu à peu, il s’est davantage investi dans notre couple et dans notre famille.Si les choses se sont améliorées entre nous progressivement, cela demande beaucoup d'énergie aux femmes, aux mères, de ne pas lâcher prise au quotidien pour que les hommes ne retombent pas dans leurs travers. Je ne souhaite pas me chamailler tous les jours, pour autant, je ne dois omettre aucun détail, aucune assiette non débarrassée, parce que je ne souhaite en aucun cas revenir en arrière. Le manque d’équité femme-homme est un des facteurs qui nourrit le burn-out maternel. Quelle place veut-on bien donner aux femmes ? Qu’est-ce qu’on attend d’elles ? Qu’elles soient épouses, mères, qu’elles soient parfaites, qu’elles travaillent, mais pas trop non plus pour gérer tout le reste. Ne pas s’oublier soi-même parmi toutes ces injonctions, le couple et les enfants, c’est particulièrement difficile.

Mon suivi s’est arrêté au bout de huit mois. Aujourd’hui, j’ai compris que la clé pour aller mieux était de penser à moi. Sans moi, ma famille ne tiendrait pas le coup. Je dois être une priorité dans ma vie, mon bien-être est important pour moi et pour mes proches. Un message que je transmets également aux femmes que je soutiens sur mon compte.

Créatrice du compte @maman.aburnoute