Qu’est-ce que la dépression du post-partum ?

La dépression du post-partum, désormais bien connue des professionnels de santé et du grand public, est encore trop peu diagnostiquée et donc souvent insuffisamment prise en charge. C’est pourtant un trouble fréquent qui toucherait environ 15 % des jeunes accouchées. Le post-partum (c’est-à-dire la période qui suit l’accouchement) est en effet une période durant laquelle les femmes ont plus de risques de développer des troubles psychiques. Les changements biologiques, psychologiques et sociaux qui surviennent dès la grossesse, puis à l’arrivée d’un nouveau-né, peuvent considérablement bouleverser les femmes ainsi que les coparents.

Cette idée va à l’encontre de l’image de la maternité véhiculée par la société. Cela explique que les femmes parlent peu de leur état, voire cachent leurs symptômes dont elles ont parfois honte. On commence également à repérer des dépressions du post-partum chez le père ou le coparent. Celles-ci peuvent s’expliquer par leur plus forte implication dans le processus de grossesse et l’arrivée de leur bébé. Lorsque la mère souffre d’une dépression du post-partum, son compagnon peut aussi souffrir de cet état psychique.

Quels en sont les symptômes ?

La dépression du post-partum survient souvent entre trois et six semaines après l’accouchement. Néanmoins, la femme est considérée comme à risque de dépression jusqu’aux 12 mois de son enfant, avec des périodes de fragilité connues comme par exemple le retour au travail et la séparation mère/bébé liée au mode de garde.

Il s’agit d’un état dépressif marqué par des symptômes de tristesse sans raison apparente, des changements fréquents d’humeur, une irritabilité, une sensation d’épuisement, des troubles de l’appétit, une anxiété centrée sur le bébé, ainsi qu’une perte d’estime de soi et de ses capacités parentales. À tous ces symptômes, s’ajoute une forte culpabilité : les femmes relatent souvent qu’elles « ont tout pour être heureuses » et taisent leur état à leur entourage. Le repérage de ce trouble psychique et son accompagnement restent donc difficiles.

Or, la dépression du post-partum nécessite une prise en charge spécialisée. Si elle n’est pas traitée, elle peut en effet prendre des formes graves allant dans les cas les plus extrêmes jusqu’au risque suicidaire. Sans accompagnement, on estime à un an sa résolution. Cela impacte donc fortement la mère, le coparent, ainsi que le bébé et les autres enfants du couple.

Quels en sont les facteurs de risque ?

Le plus souvent, il s’agit d’un premier épisode dépressif chez des femmes pour lesquelles on peut a posteriori mettre en lumière des facteurs de risque.

Ainsi, une grossesse compliquée sur le plan somatique – apparition d’une pathologie obstétricale, hospitalisations prolongées ou grossesse à risque pour l’enfant – apparaît comme un terrain favorable à l’installation de la dépression du post-partum chez la jeune maman.

De la même manière, une grossesse difficile sur le plan psychologique – grossesse inopinée, conflits conjugaux, isolement, perte d’un emploi, décès dans la famille, précarité sociale, anxiété liée à l’arrivée du bébé – peut précipiter l’apparition de troubles psychologiques après l’accouchement.

Enfin, un accouchement compliqué – pour la mère, ou en cas de transfert du bébé, de séparation prolongée d’avec le bébé, de grande prématurité, de grossesse multiple – ou encore l’existence d’antécédents obstétricaux (fausses couches, antécédent de mort fœtale in utero, parcours prolongé d’infertilité) sont autant d’événements susceptibles d’engendrer une dépression du post-partum chez la jeune maman.

Des facteurs liés au comportement du nouveau-né, comme des troubles de l’alimentation ou du sommeil, peuvent également impacter l’humeur de la mère.


Il n’y a donc souvent pas de cause unique à la dépression du post-partum : les facteurs physiques, hormonaux, sociaux, psychologiques et affectifs peuvent jouer un rôle dans le déclenchement de la maladie. Parfois, il s’agit d’un premier épisode en lien avec une pathologie de l’humeur plus chronique chez la mère. D’où l’importance d’en parler à ses proches puis aux professionnels de santé, afin de bénéficier d’une prise en charge la plus précoce possible.


Les patientes ayant déjà souffert d’un épisode dépressif ou d’une autre pathologie psychique doivent alerter dès la grossesse l’équipe de la maternité. En effet, on les sait plus à risque de développer une dépression du post-partum à la suite de l’arrivée de leur enfant. Les antécédents psychiatriques familiaux constituent aussi un facteur de risque qu’il est pertinent d’évoquer auprès des équipes de santé lors de son suivi de grossesse.


Ne pas confondre avec le baby blues et la dépression anténatale

La dépression du post-partum est souvent confondue avec le baby blues. Or, le baby blues est un état normal, très fréquent – il toucherait entre 50 et 80 % des patientes – et le plus souvent transitoire. Il s’agit d’un afflux d’émotions lié à l’arrivée du bébé et qui survient dans les tout premiers jours après l’accouchement. La chute hormonale, la fatigue et la prise de conscience du rythme et des besoins du bébé sont les principales explications à cet épisode. Il est souvent déstabilisant pour les proches, mais il se résout le plus souvent en quelques jours. Il doit néanmoins alerter s’il perdure dans le temps, ou s’il prend des formes de plus en plus graves. Il peut alors être le signe de l’apparition d’une dépression du post-partum.


La dépression anténatale, qui survient pendant la grossesse, est marquée par les mêmes symptômes que la dépression du post-partum : tristesse de l’humeur, irritabilité, manifestations anxieuses, troubles du sommeil et de l’alimentation. Il toucherait environ 10 % des patientes. Les symptômes apparaissent souvent au premier trimestre et sont plus fréquents en cas de conflit conjugal, de grossesse surprise ou de complications pendant celle-ci. La dépression anténatale est également à accompagner et à traiter, car si elle passe inaperçue, il y a un risque accru de dépression du post-partum. Ces deux formes de dépressions sont souvent étroitement liées.

Lucille CLOAREC
Psychologue clinicienne
Saint-Cloud