Si l'on reprend l’histoire de notre humanité, on se rend compte qu’au temps de l’Homo sapiens nomade, les femmes n’avaient d’enfants que tous les 5 à 6 ans. Deux raisons essentielles à cela :

  • Les femmes allaitaient leurs petits plusieurs années ; or, l’allaitement maternel favorise l’aménorrhée prolongée (c’est-à-dire l’absence de règles) ainsi que la diminution de la libido.
  • Les Homo sapiens étaient nomades et chasseurs-cueilleurs. Ce régime alimentaire, dépourvu de céréales, ne favorisait pas non plus la fertilité féminine.

C’était, à l’époque, une question de survie individuelle et du groupe : des grossesses trop rapprochées mettaient en danger les femmes, les enfants ainsi que l’ensemble du groupe.

La sexualité après l'accouchement

De nos jours, les injonctions sociales vont en sens inverse. Aussitôt l'accouchement passé, les couples veulent savoir quand il est « normal » de reprendre les rapports et une vie sexuelle active et épanouissante.

Une chose est indispensable et primordiale à intégrer : il n’y a pas de norme, ni de normalité !

Sur ce genre de sujet, ce sont les couples eux-mêmes qui ont la réponse adaptée. Il faut en discuter, écouter les envies mais aussi les peurs de l’autre et trouver « la terre du milieu », celle où tout le monde se sent bien et en accord avec lui-même et avec l’autre.

Néanmoins, il est nécessaire de prendre conscience de quelques réalités auxquelles sont confrontées les jeunes mères. Notre société s’est construite sur un modèle patriarcal masculin – c’est une banalité que de le dire.

Dans leur vie, les hommes ne rencontrent que 2 états : l’état de santé et l’état de maladie. Les femmes, elles, en rencontrent 4 : l’état de santé, l’état de maladie, l’état de femme enceinte et l’état de femme allaitante. Qui n’a jamais entendu l’adage : « Tu es enceinte, pas malade ! » ?

Évidemment, l’état de femme enceinte est également un état de santé - mais n’importe quelle femme enceinte vous dira qu’elle n’est pas « comme d’habitude » lorsqu’elle attend un bébé. La reconnaissance des besoins spécifiques de la femme enceinte a donc encore du chemin à parcourir…

Les besoins de la femme allaitante

Leur reconnaissance est tout simplement inexistante dans notre société.

La jeune mère n’a plus son gros ventre pour justifier ses kilos « en trop », sa fatigue ou bien sa fragilité : la femme allaitante est la plupart du temps invisible dans nos contrées. Elle doit avoir retrouvé la ligne, s’occuper des enfants la journée, accueillir son mari avec un bon dîner le soir (car, lui, il travaille) et avoir une vie sexuelle active après tout cela dès que tout le monde est couché !

Néanmoins, cette image caricaturale a tendance à être de moins en moins ancrée actuellement dans l’esprit des hommes. Paradoxalement, le mythe de la « wonder woman » reste présent dans celui des femmes – mais même si les femmes elles-mêmes « se mettent la pression », la société a globalement progressé.

Les besoins réels de la femme qui allaite

Si vous allaitez, c’est que vous avez accouché récemment. Un accouchement est un chamboulement à la fois dans votre corps et dans votre esprit.

Une chose incroyable s’est déroulée : pour les accouchements par voie basse, un être humain a traversé votre bassin ! Il est aisé de comprendre qu’un temps de cicatrisation minimum est à respecter. Seule la jeune accouchée pourra dire quand cette cicatrisation sera terminée et à quel moment elle sera redevenue maîtresse de son corps. Il en va de même pour les naissances par césarienne, la cicatrisation se situe seulement à un autre niveau.

Il est alors très fréquent d’avoir envie de se retrouver dans les bras de la personne que l’on aime, mais tout aussi fréquent de ne pas forcément avoir envie tout de suite d’une pénétration.

Il est important d’expliquer aux jeunes pères que l’on ne fait pas l’amour de la même manière à sa femme, à sa femme enceinte, à sa femme qui vient d’accoucher mais également à sa femme qui allaite.

Une autre chose semble importante à faire comprendre aux partenaires : plus on a peur que « cela » ne revienne pas et moins « cela » revient. Plus on presse une femme à retrouver une activité sexuelle, plus elle a peur, et donc moins elle en a envie…

Certains professionnels de santé n'hésitent pas à dire : « Allons madame, faites un effort, pensez à votre mari ! ». Le spectre du devoir conjugal n’est pas loin.

Non, il n’y a pas d’efforts à faire, ni aucune obligation d’intimité dans aucun couple. Passer par la voie de la communication, de l’échange, du souci du bien-être de l’autre, de la tendresse et de l’écoute sera beaucoup plus efficace et bien plus pertinent.

Et, au risque de choquer, il faut réhabiliter la masturbation. Si un besoin sexuel et physique s’impose à vous, les partenaires, n’hésitez pas le satisfaire par vous-mêmes ! Cela évitera d’exercer une pression malvenue et contre-productive sur la jeune accouchée. Tout ce qui se passe en elle est normal : il lui faut du temps.

Du temps, de l’attention, une touche de compréhension et beaucoup d’amour sont les seuls ingrédients indispensables pour réinventer cette nouvelle vie à 3.

Charlotte REDON
Sage-femme libérale
Spécialiste en lactation humaine
Vincennes